C'est la question que tout le monde se pose au moment de se lancer et que beaucoup continuent de se poser longtemps après. Combien facturer ? Est-ce que mon TJM est trop bas ? Trop élevé ? Est-ce que je me fais rouler dans la farine ou est-ce que je fais fuir des clients·es potentiel·les avec des tarifs hors marché ?
Le TJM freelance (le taux journalier moyen) est l'une des décisions les plus importantes qu'un·e indépendant·e doit prendre. Et c'est souvent celle qui est le moins bien documentée. On se retrouve à regarder des forums, à demander à des ami·es, à estimer au doigt mouillé, et à finir avec un tarif qui ne correspond ni à sa valeur réelle ni aux réalités du marché.
Ce guide change ça. Méthode de calcul, benchmarks par métier, facteurs qui font monter ou baisser le TJM, erreurs à éviter… voici tout ce qu'il faut savoir pour fixer son TJM freelance avec confiance.
TJM freelance : définition et logique de base
Ce qu’est exactement le TJM
Le TJM, ou taux journalier moyen, c'est le tarif qu'un·e freelance facture pour une journée de travail. C'est l'unité de référence dans le monde du freelancing, notamment dans les secteurs du digital, de la tech, du conseil et de la communication. Il peut être décliné en taux horaire (TJM ÷ 7 ou 8 selon les conventions) ou en tarif à la mission (TJM × nombre de jours estimés).
Le TJM freelance n'est pas un salaire journalier. C'est une erreur de raisonnement extrêmement fréquente, et elle conduit à se sous-facturer massivement. Un·e salarié·e qui gagne 3 000 € net par mois ne devrait pas se fixer un TJM de 150 € (3 000 ÷ 20 jours). On verra pourquoi en détail dans la méthode de calcul.
Pourquoi le TJM est si difficile à fixer
Premièrement, le manque de transparence du marché. Contrairement aux salaires des salarié·es (qu'on trouve dans des grilles, des études Apec, des offres d'emploi), les tarifs freelances sont rarement affichés publiquement. Chacun·e négocie dans son coin, sans vraiment savoir ce que les autres pratiquent.
Deuxièmement, la peur de perdre des clients·es. Beaucoup de freelances se fixent un TJM bas par peur que des tarifs plus élevés fassent fuir les prospects. C'est souvent l'inverse qui se produit : un tarif trop bas est un signal de doute sur sa propre valeur, que les client·es expérimenté·es perçoivent très bien.
Troisièmement, la difficulté à intégrer toutes les charges. En freelance, le tarif facturé doit couvrir bien plus que le "salaire" qu'on se verse. Et c'est là que beaucoup se retrouvent en difficulté à la fin du trimestre.
La méthode pour calculer son TJM freelance
Étape 1 : partir du revenu net mensuel souhaité
Commencez par définir combien vous voulez gagner nettement par mois : après impôts, après charges, après cotisations sociales. Pas ce que vous pensez pouvoir obtenir sur le marché : ce dont vous avez besoin pour vivre correctement et ce que vous visez à terme.
Appelons ce montant R (revenu net mensuel cible).
Étape 2 : calculer le nombre de jours réellement facturables par an
On part de 365 jours, on enlève les week-ends, et on arrive à 260 jours ouvrés. Sauf qu'un·e freelance ne facture pas 260 jours par an. Loin de là.
Déduisez réalistement :
- Congés et jours fériés : comptez au minimum 5 semaines de vacances + jours fériés = environ 30 jours
- Temps non facturable : prospection, administratif, comptabilité, formation, réseaux… comptez 20 à 30 % du temps de travail selon votre activité
- Jours sans mission : même les freelances expérimenté·es ont des creux entre deux missions. Prévoyez 15 à 20 jours de creux annuels en rythme de croisière, plus au démarrage
En pratique, un·e freelance facture en moyenne entre 140 et 180 jours par an. Partons sur 150 jours comme base de calcul conservatrice.
Étape 3 : intégrer les charges et le statut
Le revenu net n'est pas ce que vous facturez. Entre ce que vous facturez et ce que vous touchez réellement, il y a :
- Les cotisations sociales : en micro-entreprise, entre 12,3 % et 21,2 % du CA selon l'activité. En SASU ou EURL, les charges sont différentes et généralement plus élevées en pourcentage mais avec une meilleure protection.
- L'impôt sur le revenu : selon votre tranche marginale d'imposition (entre 11 % et 45 %).
- Les frais professionnels : abonnements outils, matériel, formations, assurance RC Pro, expert·e comptable… comptez 200 à 500 € par mois selon l'activité.
Pour simplifier le calcul, utilisez un coefficient multiplicateur selon votre statut :
- Micro-entreprise, activité de services : multiplier le revenu net cible par 1,6 à 1,8
- SASU / EURL avec rémunération classique : multiplier par 2,0 à 2,5
- Portage salarial : multiplier par 2,2 à 2,8 (frais de gestion inclus)
La formule complète
TJM freelance = (Revenu net mensuel cible × Coefficient de charges × 12) ÷ Nombre de jours facturables
Exemple : vous visez 3 500 € nets par mois en micro-entreprise (coefficient 1,7), sur 150 jours facturables.
(3 500 × 1,7 × 12) ÷ 150 = 71 400 ÷ 150 = 476 €
Votre TJM de départ est donc autour de 480 €. Ce n'est pas un plafond, c'est un plancher en dessous duquel vous ne pouvez pas descendre sans vous appauvrir.
Les benchmarks TJM par métier en 2026
Pôle marketing et communication digital
Ces fourchettes correspondent à des freelances avec 2 à 5 ans d'expérience dans leur domaine, en France.
Rédacteur·rice / Copywriter
- Débutant·e (0-2 ans) : 200 à 350 €/jour
- Confirmé·e (2-5 ans) : 350 à 550 €/jour
- Expert·e / spécialisé·e : 550 à 800 €/jour
Consultant·e SEO / SEO Manager
- Débutant·e : 250 à 400 €/jour
- Confirmé·e : 400 à 650 €/jour
- Expert·e : 650 à 1 000 €/jour
Community Manager freelance
- Débutant·e : 200 à 320 €/jour
- Confirmé·e : 320 à 500 €/jour
- Expert·e / stratège : 500 à 700 €/jour
Consultant·e en marketing digital
- Confirmé·e : 450 à 700 €/jour
- Expert·e : 700 à 1 200 €/jour
Pôle tech et développement
Développeur·euse web (front-end)
- Junior : 300 à 450 €/jour
- Confirmé·e : 450 à 650 €/jour
- Senior : 650 à 950 €/jour
Développeur·euse full-stack
- Junior : 350 à 500 €/jour
- Confirmé·e : 500 à 750 €/jour
- Senior : 750 à 1 100 €/jour
Data analyst / Data scientist
- Confirmé·e : 500 à 750 €/jour
- Senior : 750 à 1 200 €/jour
Pôle design et création
Graphiste / Designer UI
- Débutant·e : 200 à 350 €/jour
- Confirmé·e : 350 à 550 €/jour
- Expert·e / directeur·rice artistique : 550 à 900 €/jour
UX Designer
- Confirmé·e : 450 à 700 €/jour
- Senior : 700 à 1 000 €/jour
Pôle conseil et formation
Consultant·e en stratégie digitale
- Confirmé·e : 600 à 900 €/jour
- Expert·e : 900 à 1 500 €/jour
Formateur·rice digital
- Débutant·e : 300 à 500 €/jour
- Confirmé·e avec certification Qualiopi : 500 à 900 €/jour
Ces fourchettes sont indicatives et varient selon le secteur client, la région, et surtout la valeur perçue du profil. Un·e consultant·e SEO spécialisé·e dans le e-commerce de luxe peut facturer bien au-delà de la fourchette "expert·e" généraliste.
Pour vous aider : Comment créer un portfolio en ligne qui convertit
Les facteurs qui font monter (ou baisser) votre TJM
Ce qui justifie un TJM élevé
La spécialisation est le levier numéro un. Un·e généraliste du marketing digital et un·e expert·e en SEO technique pour les sites e-commerce de grande taille ne jouent pas dans la même cour, même s'ils·elles ont le même nombre d'années d'expérience. Plus votre niche est précise et valorisée, plus votre TJM peut être élevé.
Les résultats prouvés et chiffrés. Un·e freelance qui peut dire "j'ai augmenté le trafic organique de 300 % en 6 mois sur ce type de site" a un argument de valeur que personne ne peut contester. Les résultats chiffrés justifient des tarifs que les compétences théoriques ne justifient pas.
La rareté de la compétence. En 2026, les freelances qui maîtrisent l'IA appliquée à leur métier (prompting avancé, automatisation de workflows, GEO) sont encore peu nombreux·ses. La rareté crée de la valeur, et la valeur justifie un TJM plus élevé.
La réputation et le réseau. Un·e freelance recommandé·e par plusieurs client·es satisfait·es, avec des témoignages et un portfolio convaincant, n'a pas besoin de se battre sur le prix. La confiance préétablie réduit le risque perçu côté client·e, et le risque réduit permet des tarifs plus élevés.
La disponibilité immédiate ou le délai de démarrage rapide. Dans des situations d'urgence, un·e client·e qui a besoin d'un·e freelance opérationnel·le dans la semaine est souvent prêt·e à payer plus. La flexibilité et la réactivité sont des composantes de valeur.
Ce qui tire le TJM vers le bas, et comment éviter ça
La généralisation excessive. "Je fais du marketing digital" est une proposition de valeur trop large pour justifier un tarif élevé. Affinez votre positionnement : c'est contre-intuitif, mais se spécialiser augmente les demandes plutôt que de les réduire.
L'absence de portfolio ou de preuves. Sans exemples de travaux passés, le·la client·e ne peut pas évaluer votre valeur, et il·elle se rabat sur le prix comme seul critère de décision. Un portfolio bien construit est un des investissements les plus rentables qu'un·e freelance puisse faire.
La négociation systématique à la baisse. Si vous acceptez toujours de baisser votre TJM quand un·e client·e négocie, vous envoyez le signal que votre tarif initial n'était pas vraiment justifié. Apprenez à tenir votre prix, ou à proposer une alternative (périmètre réduit, délai allongé) plutôt qu'une réduction pure.
Le positionnement sur des plateformes de mise en concurrence par le prix. Certaines plateformes de freelancing créent une dynamique de course vers le bas. Ce n'est pas là que se trouvent les meilleures missions ni les meilleur·es client·es.
Les erreurs les plus fréquentes dans la fixation du TJM
Se baser sur son ancien salaire net
"Je gagnais 2 800 € nets par mois, donc je me fixe un TJM de 140 €." Ce calcul ignore entièrement les charges, les jours non facturés et les frais. En réalité, un TJM de 140 € avec ce profil laisse souvent un revenu net de moins de 1 500 € par mois, soit une baisse massive par rapport au salariat.
Ne jamais réévaluer son TJM
Un TJM fixé au démarrage a tendance à rester fixé. On prend l'habitude de ce tarif, les client·es aussi, et remonter devient de plus en plus difficile psychologiquement. Pourtant, votre valeur augmente avec l'expérience, les références et la spécialisation. Réévaluer son TJM une fois par an est une pratique saine et légitime.
Avoir un TJM unique pour tout le monde
Tous les client·es ne méritent pas le même tarif. Une startup en amorçage qui offre une forte visibilité et un projet passionnant peut justifier un tarif négocié. Une grande entreprise avec un budget confortable, une relation purement transactionnelle et des délais de paiement à 60 jours devrait payer plus. Adapter son TJM au contexte de la mission est une pratique normale et intelligente.
Oublier de provisionner pour les charges et l'impôt
Encaisser 5 000 € sur un mois et dépenser 4 000 € parce qu'on "gagne bien", pour se retrouver à sec au moment de payer les cotisations trimestrielles.
Provisionnez systématiquement entre 25 et 40 % de chaque encaissement selon votre statut et votre tranche d'imposition. Cet argent ne vous appartient pas encore.
Comment annoncer et défendre son TJM
Annoncer son tarif sans s'excuser
La façon dont on annonce son TJM est aussi importante que le TJM lui-même. Un tarif annoncé avec des formules du type "je me positionne autour de…" ou "mon tarif habituel est plutôt…" signale de l'hésitation, et l'hésitation invite à la négociation.
Annoncez votre TJM directement, avec confiance, en le justifiant par la valeur apportée, pas par vos coûts. "Mon TJM est de 650 €, ce qui correspond à X jours de mission pour atteindre [résultat attendu]." Point.
Gérer les demandes de réduction
Quand un·e prospect·e demande une réduction, ne répondez jamais par une baisse sèche du tarif. Plusieurs alternatives existent :
- Réduire le périmètre : "Je peux faire [version réduite de la mission] pour [tarif réduit]."
- Ajuster le délai : "Je peux vous faire un tarif différent si vous pouvez vous adapter à mes disponibilités du mois prochain."
- Proposer un forfait : au lieu du TJM, proposer un prix global pour la mission, ce qui déplace la négociation du "prix journalier" vers la "valeur du projet".
Ce que vous ne devez pas faire : baisser votre TJM sans contrepartie. C'est un signal que votre tarif n'était pas justifié, et ça crée un précédent difficile à corriger.
Augmenter son TJM avec ses client·es existant·es
C'est souvent la situation la plus délicate. Pour annoncer une augmentation de TJM à des client·es avec qui vous travaillez déjà, prévoyez en avance, donnez un délai de transition, et justifiez par votre évolution (nouvelles compétences, nouvelles références, adaptation aux conditions du marché).
Un email simple, factuel, annoncé avec 4 à 6 semaines d'avance : "À partir du 2026, mon TJM passe à [nouveau tarif]. Je reste à votre disposition pour discuter des prochaines missions dans ce cadre." Pas de négociation préalable, pas d'excuses. Une information professionnelle.
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FAQ : TJM freelance
C'est quoi le TJM en freelance ?
Le TJM (taux journalier moyen) est le tarif qu'un·e freelance facture pour une journée de travail. C'est l'unité de référence dans le freelancing B2B, notamment dans les secteurs du digital, de la tech et du conseil. Il se calcule à partir du revenu net souhaité, auquel on applique un coefficient de charges, divisé par le nombre de jours réellement facturables sur l'année, généralement entre 140 et 180 jours.
Quel est le TJM moyen d'un·e freelance en France en 2026 ?
Le TJM moyen d'un·e freelance en France en 2026 se situe entre 350 et 650 €/jour pour les métiers du digital et du conseil, avec de fortes variations selon la spécialisation, l'expérience et le secteur client. Les profils tech (développement, data) et les consultant·es stratégiques expérimenté·es dépassent régulièrement 700 à 1 000 €/jour.Les profils débutants ou peu spécialisés se positionnent généralement entre 200 et 350 €/jour.
Comment calculer son TJM freelance ?
La formule de base est : (revenu net mensuel cible × coefficient de charges × 12) ÷ nombre de jours facturables. Le coefficient de charges varie selon le statut : 1,6 à 1,8 en micro-entreprise, 2,0 à 2,5 en SASU/EURL. Le nombre de jours facturables réaliste est généralement entre 140 et 180 jours par an. Ce calcul donne le TJM minimum, un plancher à partir duquel ajuster vers le haut selon sa valeur de marché.
Mon TJM freelance est-il trop bas ?
Plusieurs signaux indiquent que votre TJM est sous-évalué : vos prospect·es acceptent systématiquement votre tarif sans négocier, vous avez plus de demandes que vous ne pouvez en traiter, votre revenu net mensuel est inférieur à votre objectif malgré un planning chargé, ou vous n'avez pas augmenté votre tarif depuis plus d'un an. Si vous vous reconnaissez dans l'un de ces signaux, il est probablement temps de réévaluer votre TJM.
Est-ce qu'on peut avoir plusieurs TJM différents selon les clients·es ?
Oui, et c'est même conseillé. Un·e freelance peut tout à fait adapter son TJM selon le profil du·de la client·e, la nature de la mission, les délais, le volume ou les conditions de paiement. Une startup en amorçage et une grande entreprise CAC 40 n'ont pas le même budget, et la valeur perçue de votre travail n'est pas la même dans les deux contextes. Ce qui compte, c'est de ne jamais descendre sous votre TJM minimum calculé.
À quelle fréquence augmenter son TJM freelance ?
Une révision annuelle est un minimum. En pratique, une augmentation de TJM se justifie dès lors que votre expertise a progressé, que vous avez acquis de nouvelles références, ou que le marché a évolué. Pour les client·es existant·es, prévoyez la communication 4 à 6 semaines à l'avance. Pour les nouveaux prospect·es, appliquez simplement le nouveau tarif sans justification préalable.



